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En ces temps de guerre entre catholiques et protestants, le duc Montmorency, Gouverneur du Languedoc et chef de file des catholiques veut s’assurer de la loyauté de Fulcrand de Roquefeuil, le Seigneur de la Roquette. Il lui annonce sa visite prochaine.

 

Le servile Roquefeuil veut organiser un festin pour son important hôte. Hélas, il a tellement imposé, pressuré et volé les paysans de son fief, qu’ils se sont incroyablement appauvris. Il ne reste plus de bétail ni même de volaille pour préparer ne serait-ce qu’un modeste repas.

 

Il envoie Raynol, son garde-chasse rustre et sans foi, se procurer de la viande par n’importe quel moyen pour préparer un banquet. Ce dernier part traquer un éventuel dernier chevreuil qui aurait échappé aux meutes des chasses passées. Non seulement, les véneries du seigneur sont venues à bout de tout le gros gibier, mais les petits animaux ont également été décimés par les pauvres paysans. Ils sont devenus experts en collets, lèques, pantènes et autres pièges à lièvres, lapins, perdreaux ou merles.

 

Raynol fouille en vain toutes les fermes et masures, à la recherche d’un mouton ou d’un poulet caché. Les bergeries, les étables et les basses cours sont vides. Le garde-chasse a chevauché tous les chemins du pays, sans résultat, lorsqu’il rencontre un homme assis à un croisement. Il se sent mystérieusement attiré vers lui, engage la discussion et lui raconte sa quête.

- Ainsi, tu cherches de la viande pour ton maître et son illustre invité

- Hélas, je vais être puni de n’en avoir pas ramené.

Raynol s’étonne lui-même d’être aussi bavard avec un inconnu, lui qui d’habitude se comporte comme un ours solitaire et mal léché.

- Si tu ne trouves pas de gibier ou de bétail, tu pourrais aller prendre quelque petit de protestant… Avant de vieillir et de s’endurcir le cuir et le cœur, leurs jeunes sont innocents et tendres. Une fois préparés, personne ne s’en rendra compte et ton seigneur sera satisfait de tes bons services…

Raynol est choqué … de ne pas y avoir pensé plus tôt ! Il part aussitôt vers les Cévennes où les calvinistes étaient nombreux, pour y chercher des enfants à kidnapper.

 

En fait, il venait de s’entretenir avec le diable en personne ! bien content de jouer un très vilain tour aux nobles très chrétiens, dont un des plus puissants.

 

A quelques lieues de là, Raynol trouve une petite maison isolée avec un jardin potager bien tenu, dans lequel jouent un petit garçon et une petite fille.

- Sont-ils protestant ? se demande-t-il. Bah, protestants ou catholiques, ils ont l’air tendres et dodus.

En un tour de main, le garde-chasse attrape les enfants, les bâillonne, les met dans un sac en travers de son cheval et repart au galop vers le castel de la Roquette.

 

Pendant le trajet, Raynol a quelques remords qu’il efface vite :

- quelle vengeance ! moi, le petit garde-chasse méprisé et vilipendé par les grands seigneurs je vais en faire des ogres ! Et puis, ce sont des protestants avec qui nous sommes en guerre, il paraît même qu’ils …

Arrivé au château il jette le sac au cuisinier :

- Tiens cuistot : voilà de quoi satisfaire notre maître.

Le cuisinier, outré, se dispute avec le méchant garde-chasse. Raynol tente d’abord de convaincre : personne n’en saura rien, leur seigneur sera content et il leur sera reconnaissant. Mais devant le refus obstiné du cuisinier de commettre un tel un sacrilège, Raynol devient menaçant et violent.

 

Le cuisinier accepte finalement, tout en faisant un clin d’œil discret aux enfants. Une fois Raynol parti, il rassure les petits et les libère; puis leur demande de l’aider à réaliser un plan qui les sauvera tous les trois. Ils les fait descendre à la cave pour attraper autant de rats qu’ils peuvent, pendant que lui les prépare en ragout. Les enfants, comprenant que leur survie en dépend, chassent et attrapent une grande quantité de rats.

 

Après un moment, la marmite est pleine et cuit doucement. Le cuisinier à une dernière idée : pour que l’artifice soit plus crédible encore, il va au tas de fumier où on jette tous les détritus et extrait quelques vieux os de sanglier qui étaient là depuis longtemps et les rajoute à la marmite.

 

La table du festin est dressée dans la grande salle, le Duc de Montmorency, Roquefeuil et leurs cours respectives sont attablées. Le repas est servi et tous les convives se lèchent les doigts de la bonne daube de « sanglier » !

 

Tous sont contents et tous sont satisfaits de leur tricherie: l’hypocrite Roquefeuil fait le beau devant le Duc de Montmorency. Raynol ricane de satisfaction après avoir dupé son maîtres et le Duc : ils ont beau être de puissants aristocrates, ce sont bel et bien des cannibales ! Le cuisinier a berné le méchant Raynol et il a fait se délecter de rats et de vieux os les prétentieux seigneurs.

 

Mais les méchants trompeurs ont été trompés :

Roquefeuil pensant s’en tirer à bon compte avec un repas s’est fait berner par son garde-chasse et son cuisinier ; quant à Raynol, il a été victime du bon cœur du cuisinier. Et le diable ? D’abord furieux de ne pas avoir réussi à faire manger de la chair humaine aux nobles chrétiens, il a tout de même bien ri du stratagème du cuisinier !

 

Quant à notre bon cuisinier, craignant autant pour ses deux protégés que pour lui-même, il ramena les enfants chez eux dès la nuit tombée et demeura dans les Cévennes où il vécut tranquille le reste de ses jours.

 

Voilà mon histoire terminée! Mais vous pouvez découvrir d'autres Contes du Castellas

Tromperies, trompeurs et trompés

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Published by M&M - dans Contes du Castellas