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Il était une fois un homme qui habitait seul dans une masure isolée au bord des bois, en retrait de la route. Il était rustre et taciturne ; il faisait un peu peur aux gens quand il venait au bourg, ou quand ils le rencontraient dans le pays.

Un soir, un passant s’écarte de la route et vient frapper à la porte de la petite maison décrépite.

- toc – toc – toc !

- qu’est-ce que c’est ?

- je suis un voyageur un peu perdu. Pouvez-vous m’indiquer le chemin ?

- Va-t’en ! je n’ouvre pas aux étrangers !

Le voyageur, surpris, revient sur la route et poursuit sa marche.

Le lendemain soir, vers la même heure, une autre silhouette s’approche de la maison.

- toc – toc – toc !

- qu’est-ce que c’est ?

- je suis un pauvre mendiant et je prierai Dieu pour vous si vous me donnez un morceau de pain.

- Pas question ! passe ton chemin, parasite !

Le mendiant, choqué, revient sur la route et poursuit sa marche.

Le troisième soir, un nouveau visiteur vient frapper à la porte.

- toc – toc – toc !

- qu’est-ce que c’est ?

- c’est le Diable qui vient voir comment se porte le monde…

- …

Le rustre est abasourdi par cette réponse extraordinaire. Le Diable ? à ma porte ? chez moi ? le Diable en personne qui vient me visiter ?

L’homme vaniteux est très flatté de recevoir une telle visite. Aveuglé par sa bêtise et suffisamment naïf pour ne pas être surpris que le Diable ait porté intérêt à sa personne, il ouvre la porte et s’efface pour laisser entrer l’illustre visiteur dans sa misérable masure.

- Je viens, dit le Diable, visiter et interroger les gens pour apprécier les progrès de mon œuvre malveillante ici-bas. J’ai sélectionné quelques personnes parmi les êtres qui m’étaient les plus dévoués, et c’est comme cela que je suis venu frapper à ta porte.

Le rustre n’en croit pas ses oreilles ! Lui, le pauvre erre, vivant misérablement, méprisé de tous, lui qu’on ignore ou qu’on évite, le voilà attablé avec le Diable qui lui a fait l’honneur d’une visite personnelle !

Il n’avait jamais vraiment réalisé que sa vie et ses actions pouvaient avoir prix aux yeux du Diable. Mais s’Il le dit, s’Il a pris la peine de venir s’entretenir avec lui, s’Il s’enquiert de son opinion, alors, c’est qu’il n’est pas si insignifiant que ça ! En fait, il doit même être rudement important pour avoir motivé une visite personnelle du Diable ! Ces imbéciles du bourg vont bien voir qui il est réellement : quelqu’un de bigrement important!

L’illustre visiteur interrompt ses rêveries :

- Alors, mon ami, quels sont les potins de la contrée ? Raconte-moi tes meilleures actions.

Le rustre raconte tous ses petits méfaits, pensant faire plaisir au Diable. Ce dernier veut des détails, des dates, des lieux. Il prend des notes dans son grand registre de diableries. Le rustre est encore plus flatté ; il raconte ses vols de poules, ses maraudages et chapardages, les mauvais tours joués aux paysans. A ses yeux, les fadaises qu’il énumère deviennent d’héroïques faits d’armes …

- Un jour, raconte-t-il, ….

Le Diable semble se délecter des détails croustillants, il hoche la tête pour l’encourager à poursuivre.

- Et cette autre fois, quand, j’ai…

Le rustre prend de plus en plus d’aisance, se donne toujours plus d’importance et se sent devenir quelqu’un d’exceptionnel.

Enfin, le Diable toujours enjôleur, le félicite et prend congé. Il laisse le rustre complètement enchanté. Celui-ci s’endort en savourant son nouveau statut auprès des villageois.

Au petit matin :

- Toc - toc - toc !

C’est le « diable » qui est à la porte, mais il est accompagné des gens d’armes du château.

- Je ne suis pas le Diable, ni Belzebuth, ni le Malin, encore moins Satan ou Lucifer. Je suis le nouveau juge de la contrée. À l’occasion de mon installation, je faisais le tour du pays afin de me présenter et faire connaissance avec les habitants. J’ai tenté de te rencontrer à plusieurs reprises mais tu m’as rejeté. Il se trouve que ta sottise et ta crédulité t’ont joué un bien mauvais tour, car te voilà maintenant à rendre compte devant la justice de tous tes méfaits que tu m’as si bien décrits hier soir.

Les gendarmes s’emparèrent du rustre qui fut jugé et puni à la hauteur de ses mauvaises actions – qui n’étaient finalement pas bien graves !

En purgeant sa peine, le rustre apprit à discuter avec les autres, il réalisa que le reste de la population n’était pas si différent de lui, que les soucis et les plaisirs des habitant de la contrée ressemblaient bigrement aux siens ! Il en fut d’abord très surpris, mais rapidement il s’en réjouit. Il socialisa avec ses voisins, participa à toutes les fêtes du village. On dit même qu’il devint un sacré boute-en-train !

Et cric et crac, mon conte est achevé! Découvrez ici les autres Contes du Castellas

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Published by M&M - dans Contes du Castellas