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 Un conte moderne mettant en scène le vieux château de la Roquette, sur la crête de l'Hortus. Très librement interprété à partir d'une anecdote de Edmond Tessier.

 

  Au Moyen Age, des troupes de brigands armés ravageaient la région. Un jour, une troupe d’une centaine de brigands arrive vers le château de la Roquette. Tous les bergers et paysans du coin s’enferment précipitamment dans le château, avec les quelques soldats présents, pour se protéger.

  Les brigands mettent le siège et attendent que les nombreux habitants enfermés épuisent les maigres réserves et se rendent.

  Au bout d’une semaine les assiégés ont consommé tous les vivres et commencent d’avoir faim; les brigands patientent tranquillement, en pillant les réserves dans les masures abandonnées et en allant chasser aux alentours. P1100065.JPG

   Le chef des brigands commençait à s’impatienter, aussi, il demanda au cuistot de préparer le repas à la vue des assiégés afin de les démoraliser et de les convaincre de se rendre. Le cuistot fit installer sous les remparts une cuisine de campagne et le foyer sur lequel il faisait cuire la soupe, dans une grande marmite. Il fit rapprocher les tonneaux de vin et suspendit les quartiers de viande séchée aux arbres. Il exhibait le gibier fraichement tué et dépecé à l’envie des assiégés. La préparation dura toute la journée ; les fumets s’élevaient et rendaient fous les pauvres assiégés qui se désespéraient. Lorsque la pitance fut prête, les brigands s’assemblèrent pour déguster à grands bruits et avec force commentaires sur la saveur de leur soupe :

 

-       - Ah quelle bonne soupe grasse !

-       - Et ces petits oiseaux rôtis sont délicieux

-       - Repasse-moi le pain

-       - Quand je pense que certains n’ont rien à manger… je les plains de tout cœur.

  Et ainsi de suite pendant une bonne partie de la soirée. Les brigands s’amusaient de la mine déconfite et des joues creuses des hommes sur les remparts.

   Il y avait, enfermé dans le château, un soldat plus grand et plus gros que tous les autres, qui souffrait donc encore plus que tous des privations. Son esprit affaibli par la faim le rendit fou de rage, il couru vers la plus haute tour, ses amis pensaient qu’il allait se jeter  par dessus les murailles pour mettre fin à sa faim, et tentèrent -en vain- de le raisonner. Mais arrivé en haut des remparts, il descella une énorme pierre du créneau et la lança de toutes ses forces vers la cuisine des brigands.

  Le moellon s’abattit sur la marmite en fonte qui se brisa net et se répandit par terre en éteignant le feu. Après un instant de silence, on entendit un tonnerre d’applaudissements et de cris de joie dans le château alors que les brigands furieux se mirent à invectiver le cuisinier trop téméraire et à se battre pour récupérer les restes de nourriture dispersée.

 Le lendemain, le chef des brigands, bien marri, fit installer la cuisine plus loin des remparts, hors de portée de l’incroyable force de jet du soldat, mais toujours à la vue des assiégés. Le cuisinier recommença son manège avec une deuxième marmite, à bonne distance des murailles. Les brigands passaient devant le foyer en commentant les préparatifs avec une forte voix pour se faire entendre des assiégés :

-       - hum ! compère cuistot, ta soupe sent rudement bon aujourd’hui

-       - Surtout, ne met pas trop de viande dans le fricot, je sens que je prends du poids.

-       - les poulardes sont bien dodues, elles seront bien juteuses !

  Sur les remparts, les hommes n’en pouvaient plus, ils salivaient en imaginant les saveurs des mets délicieux dont la brise leur portait des effluves de temps à autres.

  Il y avait dans le château, un très vieux soldat tout perclus de rhumatismes, il était très affaibli, plus par son grand âge que par la faim, mais son œil restait vif et sa parole avisée. Il dit à un petit jeune :

-       - Pendant que je monte sur la tour, va dans mon cabanon, prend sous ma paillasse ce que tu trouveras enroulé dans un linge et amène-le-moi.

  Le vieux se hissa péniblement sur le toit de la tour et le jeune lui remit le mystérieux colis. Il le déplia lentement et solennellement et révéla un objet bizarre que personne ne connaissait : il s’agissait d’une arbalète d’un autre âge, qu’il avait jadis récupéré auprès d’un voyageur et utilisé lors d’anciennes batailles. Il ne disposait que de deux carreaux, à la pointe rouillée. Il demanda de l’aide pour bander l’arbalète et lorsqu’il plaça un des deux carreaux en position, tous comprirent enfin l’usage de cette arme secrète et firent silence. Le vieux s’installa du mieux qu’il put, appuyé sur un créneau, visa la marmite sur le foyer à une cinquantaine de mètres, fit une brève prière, et décocha le carreau. L’impact fit éclater la marmite en mille morceaux, dispersa la nourriture qu’elle contenait et éteignit le foyer.

  Clameurs et chants de victoire sur les remparts ! Hurlements de colère et d’impuissance autour du foyer souillé ! Même si les rires ne remplissent pas la panse des assiégés, ils  s’amusèrent de voir les brigands forts mécontents, sans repas depuis deux jours.

  Le chef des brigands, furieux, fit l’état des lieux. Côté négatif : le mécontentement gagnait ses hommes qui n’avaient pas mangé, il ne disposait plus que d’une dernière marmite, sa troupe était bloquée depuis déjà trop longtemps autour de ce château et il commençait de se sentir ridiculisé. Côté positif : il était un chef militaire rusé, il savait comment la marmite avait été atteinte en reconnaissant le carreau d’arbalète et avait deviné que les assiégés n'avaient pas beaucoup de munition pour leur arme.

  Il décida de passer à l’attaque dès le lendemain et dès que ses hommes se seraient rassasiés. Mais cette fois, il décida d’utiliser la ruse.

  Le lendemain, il fit tailler une demi-douzaine de panneaux de bois en forme de silhouette de marmite et les fit passer au noir de fumée. Ils installèrent les marmites fictives sur des foyers, à bonne distance des remparts, mais bien visibles depuis ceux-ci. Il demanda qu’on installe la vraie marmite à l’abri derrière un rocher, où le cuisinier devait préparer le dernier repas avant l’attaque.

  Sur les remparts c’était effectivement la consternation parmi les assiégés : les marmites étaient trop lointaines pour être atteintes ; trop nombreuses car il ne restait plus qu’un seul carreau. A quelle marmite le destiner ?

  Il y avait dans le château un chien qui passait son temps avec les gens d’armes. Il avait l’habitude de quémander un crouton de pain, ou -mieux- un os à moelle. Pour cela le chien aboyait et geignait avec des trémolos dans la voix, d’autant plus modulés que la nourriture était à son goût…

-       - Ecoute, disaient les soldats : il parle !

  Mais hélas, ça faisait bien longtemps que le chien n’avait pas « parlé ». Plus de nourriture pour les hommes, il n’y avait évidemment rien pour le chien. Certains le regardaient d’ailleurs avec envie, malgré ses côtes saillantes…

  Un jeune soldat eu l’idée de faire sortir le chien – qui n’éveillerait aucune suspicion des brigands- pour qu’il aille inspecter les différentes marmites et « dire » aux assiégés laquelle sentait le meilleur !

  Au grand étonnement des soldats, le chien fit rapidement le tour des 6 marmites visibles sans donner aucun signal, puis passant sous la crête rocheuse à l’Est du château, il se mit à chouiner et à geindre comme jamais !  Les soldats comprirent que la seule marmite qui vaille était là.  Ils attirèrent l’attention des brigands vers le côté Ouest, en lançant des pierres vers les marmites qu’ils voyaient, pendant que d’autres ouvrirent discrètement la poterne Est pour laisser sortir les trois plus décidés d’entre eux. Ils se glissèrent subrepticement derrière les rochers, vers l’odeur alléchante et guidés par les trémolos du chien qui « parlait » au cuisinier. En deux temps, trois mouvements, ils réduisirent le cuistot au silence, s’emparèrent de la marmite pleine de savoureuses promesses et repartirent vers le château.

  Une fois encore on entendit  des cris de joie et d’émotion dans le château. Les assiégés se délectèrent de la bonne soupe des brigands et reprirent force et courage.

  Une fois encore les brigands hurlèrent de dépit et de rage et leur chef se trouva définitivement ridiculisé. Leur bilan était catstrophique!  ils ne parviennent pas à prendre le château qu’ils assiégent depuis des semaines. Ils tentent d’affamer les habitants, mais ne réussissent qu’à perdre leur pittance pendant trois jours.  Ils essaient la ruse, mais se font voler leur propre marmite; d’ailleurs, il ne leur en reste plus aucune!

 Sur ce, les brigands levèrent le camps, s’enfuirent en désordre et sans délai et on ne les revit jamais.

  Les bergers, les paysans et les soldats, libérés, organisèrent une grande fête pour célébrer l’issue heureuse de leur aventure et préparèrent un magnifique festin qu’ils partagèrent dans la cours du chateau. Et on entendit le chien chouiner de plus belle :

- D’habitude , c’est un chien qui parle, mais aujourd’hui il chante !

 

et cric et crac, mon conte est achvevé!

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