Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /
Le tambourinaïre*

Il était une fois, un jeune troubadour, un peu naïf et pas très courageux, qui cheminait dans le bois ; il allait vers le Château de la Roquette où il passerait l’été. Il pressait le pas car bien qu’étant à la saison des jours les plus longs, le crépuscule s’installait. Il ne connaissant pas bien le chemin, il se retarda et se retrouva à marcher dans le bois, de nuit, à la lueur des étoiles. Il n’était pas du tout rassuré, s’arrêtait souvent pour écouter en scrutant les sous-bois pour vérifier qu’un monstre ou une trève* ne le suivait pas.

Soudain, son sang se glaça dans ses veines ! Des yeux brillants perçaient la nuit ! « Des loups, pensa-t-il, ils vont tourner autour de moi, puis me sauter dessus et me dévorer ». Figé par l’effroi et assourdi par les battements de son cœur qui cognait jusque dans ses tempes, il ne savait que faire. Puis, il fit imperceptiblement glisser son tambourin qu’il portait attaché en bandoulière, et se mit à en jouer, tout en se remettant en marche. Il pensait que le bruit effrayerait les loups.

Effectivement, le son du tambourin eût un effet sur les loups : les paires d’yeux se mirent en mouvement… mais elles suivirent le troubadour ! Il pressa le pas sans s’arrêter de jouer. Les yeux l’accompagnaient et virevoltaient de plus belle. Il accéléra encore, jouant de plus en plus vite et de plus en plus fort afin de maintenir la distance avec les loups. Ces derniers, loin de se laisser distancer, étaient agités d’une folle sarabande derrière le jeune garçon ; il entendait même leurs gloussements et petits cris : « ils se lèchent déjà les babines » pensa-t-il terrifié.

Enfin, toujours jouant, toujours courant, il arriva près du château dont il voyait la silhouette se découper sur le ciel. Dans quelques centaines de mètres, il serait dans le village. Mais les loups ne semblaient pas apeurés par la présence humaine, ni par les chiens qui gardent habituellement les maisons, ni par des villageois qui allaient certainement sortir armés de bâtons pour chasser les bêtes sauvages ; non, les loups galopaient en poursuivant leur farandole au rythme du tambourin !

Contournant la première maison du faubourg, le troubadour rassuré vit qu’une bande de villageois s’étaient réunis et avaient allumé un feu sur la route, certainement pour faire fuir les loups. Cependant, il entendait toujours ces derniers le poursuivre, aussi, il couru de plus belle vers le groupe et d’un bon sauta le grand feu pour -enfin- se mettre définitivement à l’abri.

Malheur ! il entendit la folle meute sauter le feu derrière lui !

Alors, vaincu et résigné, il s’arrêta, à bout de force, haletant, se retourna pour faire face aux monstres qui allaient le dévorer…

Et il découvrit une bande de jeunes gens sautant le feu et dansant la farandole au beau milieu des villageois réunis sur la place.

Il lui fallu quelques instants pour comprendre. Ce qu’il avait pris pour une meute de loups affamés le poursuivant, était en réalité une douzaine de jeunes garçons et jeunes filles du hameau qui étaient sortis en promenade pour profiter de la fraîcheur de la nuit.

Comme ils racontèrent ensuite, tout essoufflés et les joues rosies par la danse, ils avaient surpris un tambourinaïre* en voyage, qui avait bien voulu les faire danser et farandoler au rythme trépidant de son tambourin. Quelle excitation ! Quelle ronde ! Quelle joie !

Le petit troubadour ne voulu pas passer pour un sot et un poltron. Il adhéra à l’histoire des jeunes et se garda de révéler sa version de l’aventure ! En fait, il aimait beaucoup son rôle improvisé de tambourinaïre et l’accueil reçu au village.

Ainsi, depuis cette année là, tous les soirs de la Saint Jean, les villageois se rassemblent autour d’un grand brasier allumé sur la place. On fait de folles farandoles et les jeunes sautent le feu en se tenant par la main. Le tambourinaïre a assuré la musique pour animer le « feu de la Saint Jean » pendant de longues années, puis d’autres, plus jeunes ont pris le relai, jusqu’à nos jours …

*tambourinaïre : (occitan) musicien joueur de tambour ou de tambourin

*trève : (occitan) fée maléfique ou sorcière

Vous avez aimé ce petit conte? découvrez les autres Contes du Castellas

Partager cette page

Repost 0
Published by M&M